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Ce tableau est-il un
Manet, oui ou non? Depuis plus de huit ans, la vie de
Jules et Aïcha Petroz, un couple d'antiquaires genevois,
tourne autour de cette unique question, pour l'instant
sans réponse. Malheureusement pour eux. Car l'oeuvre
d'art, qu'ils ont dénichée au marché aux puces de
Plainpalais, un samedi d'avril 1997, pourrait valoir une
vraie fortune!
«Aujourd'hui, la situation est
bloquée, explique Jules Petroz. Malgré toutes nos
démarches, aucun expert n'a accepté d'authentifier notre
toile, qui n'est évidemment pas signée, comme Manet en
avait l'habitude. Seul l'Institut Wildenstein, à Paris,
est habilité à le faire. Il y a sept ans, j'avais envoyé
des photos du tableau. Daniel Wildenstein, décédé
depuis, m'avait répondu, sans avoir vu la toile, que ce
n'était pas un Manet, mais un tableau de très belle
facture.»
Point final? Pas du tout. «Nous étions
un peu timides à l'époque, mais nous avons poussé nos
investigations, poursuit l'antiquaire genevois. Car trop
de détails sont troublants. Le modèle, d'abord, je suis
certain que c'est Méry Laurent, une demi-mondaine qui
fut la maîtresse du peintre impressionniste. Et puis,
c'est bien la palette d'Edouard Manet, sa technique. Le
châssis du tableau, d'époque, a été acheté dans une
boutique parisienne, à 500 m du domicile de Manet et 300
m de celui de Méry Laurent...» Des indices comme
ceux-ci, Jules Petroz peut en délivrer à
l'infini.
Dernière carte
L'histoire de
son tableau a désormais fait le tour du monde et de la
presse. En août dernier, Paris-Match lui a même
consacré plusieurs pages, mais les portes des
professionnels de l'art se sont fermées à l'enquêteuse
française lorsqu'elle a voulu savoir si, oui ou non,
l'oeuvre acquise pour une bouchée de pain était de la
main de Manet.
Dans l'impasse, ayant déjà investi
énormément d'argent et de temps dans cette affaire,
Jules Petroz s'apprête à abattre sa dernière carte: «Dès
jeudi et jusqu'à dimanche, j'exposerai mon tableau sous
le Grand Chapiteau genevois de brocante et d'antiquités,
à Plainpalais. Pour qu'un maximum d'experts le voient et
se prononcent enfin.»
L'antiquaire caresse
l'espoir qu'ainsi sa toile prendra bientôt place dans
une grande exposition, à Paris, à Londres ou à New York.
«Ce tableau mérite d'être vu», lâche-t-il.
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