TESTAMENT DU 14 OCTOBRE 1891
Ceci est mon testament.
J’institue pour ma légataire universelle en usufruit (Mlle
Elisa Sosset, ma femme de chambre) et pour légataire universelle
en nue propriété, la société de l’Orphelinat
des Arts établie à Paris le tout à la charge d’exécuter
les legs particuliers ci-après.
Je lègue en toute propriété à Monsieur Edmond
Fournier, en souvenir des bons soins que m’a donné son
père, ma propriété du Bd de Lannes no 9 et tout
ce qu’elle contient, je le prie de ne pas se défaire de
cette maison, et, désir qu’elle soit transmise après
sa mort à ses descendants ou à ses enfants, le prévenir
immédiatement 28 rue St James à Neuilly-sur-Seine, je
luis laisse aussi tous mes tableaux de la rue de Rome, 52, sauf les
Manets.
Je lègue aux personnes que vais désigner l’usufruit
des sommes ci-après au profit de Mlle Sosset pour ceux des légataires
qui décéderaient avant elle.
A Monsieur Robert Jean Edmond mon filleul 8 Boulevard Bonne Nouvelle
douze cent francs de rente et sa mère Mme Liétard toutes
mes petites parures en fantaisie brillant.
Mlles Rosine et Constance Labonté 8 rue Stanislas à Nancy
douze cent francs de rente – Mlle Geneviève Mallarmé,
89 rue de Rome 1200 cent francs de rente – à son père
M. Stéphane Mallarmé, tous mes tableaux de Manet, rue
de Rome et les objets qui lui rappelleront un souvenir de moi et qu’il
désirerait, je prie Elisa Sosset de les lui donner.
Monsieur Henry Dupray, 77 rue de la Contamine ma chaîne et ma
montre en or. – Madame Marie Magnier ma montre en rubis. –
Madame François à Maisenoy par Melun Sein et Marne toutes
mes bagues.
Mlle Hadamar 5 place du Théâtre Français mes boucles
d’oreilles en perles. Madame d’Hallin 7 Boulevard Lannes
mes turquoises et diamants boucles d’oreilles.
Monsieur Dominique Fichou à Ploeneuf, Côtes du Nord dix
mille francs en souvenir de Madame Fournier.
A Madame Anna Albert 35 rue des Petits Champs, cinq mille francs.
A M. Albert Guéniot six tableaux de M.H. Dupray. – A Monsieur
Marcel Valentin, Lelia Brindeau, 62 rue Blanche 10.000 Fr. A mon cher
camarade François Coppée en souvenir de notre si solide
affection mon portrait de Chaplain (sanguine). – A Monsieur Jules
Adrien Marse des boutons de manchettes en or et brillant. Luigi Gualda
Milano 12 via Bagutta, un tableau de Ed. Detaille. – Au docteur
Paul Portalier 219 rue St Honoré la tapisserie qui se trouve
rue de Rome représentant l’apothéose du Premier
Consul. Mlle Adrienne Landauer cinq mille francs et une paire de boucle
d’oreilles. Mme Landauer sa mère à St Dié,
un fer à cheval saphir et brillant.
Mlle Jeanne Brindeau, rue Blanche mes gros pendants d’oreilles
en diamant (dormeuse), une somme de deux mille francs à chaque
domestique resté jusqu’à ma mort.
Les dispositions faites au profit de Mlle Sosset seront annulées
et révoquées de plein droit dans le cas où elle
ne serait plus à mon service lors de mon décès.
Fait à Paris le 14 octobre
1891
Anne Rose Suzanne veuve Laurent née Louviot.
Si j’oubliais une amie
je prie ma chère Elisa de lui donner un souvenir de moi ainsi
qu’à chaque camarade m’ayant témoigné
de l’affection.
Vve L.
Anne Rose Suzanne Louviot
Vve Laurent
Dite Méry Laurent.
14 octobre 1891.
TESTAMENT DU 23 NOVEMBRE 1898
Ceci est mon testament.
Ceci sont mes dernières volontés et je désire qu’elles
soient suivies exactement.
Je le demande avec instance à mon exécuteur testamentaire.
Monsieur Reynaldo Hahn qui veut bien l’accepter et se trouve d’accord
avec moi sur ce point. – au cas ou Monsieur Reynaldo Hahn serait
décédé j’institue Monsieur Lucien Guénot
4 rue de la Citadelle à Nancy Meurthe d’être mon
exécuteur testamentaire mais dans ce cas seulement – enfin
au cas de mort de ce dernier ce serait monsieur Victor Margueritte qui
le représenterait et serait mon exécuteur testamentaire,
mais en cas de décès de Monsieur Reynaldo Hahn et de Monsieur
Lucien Guénot.
Je désir être enterrée au père Lachaise où
j’ai un caveau avec ma mère au père Lachaise - il
faudra informer de suite Monsieur Emile Willaume à la maison
Roblot, 9 rue du Louvre – Monsieur Reynaldo Hahn devra de suite
être averti, 9 rue Alfred de Vigny – il aura la bonté
de s’occuper de mes obsèques qu’il fera convenablement
– je lui demande à l’Eglise un service très
court mais désire absolument passer par l’Eglise car je
tiens à mourir chrétienne.
Je lègue à mon
cher ami Monsieur Reynaldo Hahn, 9rue Alfred de Vigny, la moitié
de ce que je possède à la banque de France (et dont il
a le numéro de mon carnet), ma maison complète et tout
ce qu’elle contient, 9 Boulevard Lannes étant sous le coup
d’une expropriation, cette somme que je recevrais de l’expropriation
sera placée à la date où je la recevrais et appartiendrait
é la place de l’immeuble à Monsieur Reynaldo Hahn
– je lui lègue aussi mon piano d’Erard, ainsi que
toute ma musique et ma correspondance, il en fera ce qu’il jugera
convenable, j’ai pleine confiance en lui et le remercie de ce
qu’il fera à ce sujet – si je fais ces legs à
Monsieur Reynaldo Hahn c’est que je sais qu’il en fera bons
usage car il a absolument mes idées.
Sur l’autre moitié que je possède à la banque
de France je laisse à ma femme de chambre Elisa Sosset soixante
mille francs sans aucun frais de succession, un titre Belge nominatif
représentant une valeur de cinq mille francs et tout mon mobilier
de la rue de Rome 52 à l’exception des tableaux, argenterie,
bijoux que je vais désigner tout à l’heure. Elisa
Sosset restera trois années rue de Rome si elle le désire,
cette somme de loyer et impôts lui sera payée chaque trimestre
– je lui donne ma petite chienne princesse et lui recommande d’en
avoir bien soin elle aura toute ma garde robe je ne veux pas que rien
fût vendu à l’hôtel des ventes, ce qu’elle
ne conservera elle le donnera aux siens ou à des malheureux,
elle devra consulter, et le lui demande, Monsieur Reynaldo Hahn qui
lui donnera des conseils, il sera donné mille francs à
la cuisinière qui sera là lors de mon décès.
A Mme Baptiste Decot mille francs et sa fille Marie Sinet, 77 rue de
Passy mille francs, sans aucun frais.
Je donne à mon ami Lucien Cuénot 4 rue de la Citadelle
Nancy, mon terrain de Chatel-Guyon – mes tableaux de H. Dupray
sauf deux éventails de ce peintre que j’offre à
Monsieur P. Fauchey mon notaire ; à Victor Margueritte mes tableaux
de Manet, sauf mon grand portrait à pelisse marron représentant
(l’Automne) et que j’offre au musée de Nancy, au
cas où ce musée le refuserait, je prie Monsieur Reynaldo
Hahn de la garder chez lui à titre de souvenir, au docteur Baraduc,
demeurant 1 rue Nouvelle et à Chatelguyon le Lion de Barie qui
se trouve sur le coffre fort de ma chambre à coucher, au Dr Arthur
Hugenschmit 23 Bvard Malsherbes un tableau de Lambrect et une tapisserie
représentant l’apothéose du premier consul.
A ma belle sœur Amélie Laurent en religion sœur St
Anselme Laurent dix mille francs qu’elle partagera avec la famille
de mon mari.
A Mme Francois 20 rue du Cirque mes solitaires en diamants ; au cas
de sa mort ils reviendraient à ma femme de chambre Elisa Sosset
qui avec leur produit aiderait sa famille – cinq mille francs
à François Gilet le cocher du feu Dr Evans, à René
Michel cinq mille francs, à Léonie Clauzel 15 rue de la
Paix cinq mille francs, à Monsieur Théodore Evans dix
mille francs qu’il partagera avec son fils Louis Evans ; pour
mes bijoux, je prie mes amies d’accepter les legs suivants –
à Mlle Madeleine Goyt, 3 place des Victoires, mes perles boucles
d’oreilles – les blanches venant de chez Ravaut.
Madame Sivene 5 rue Lemercier mes saphirs – et deux mille francs
– sans frais – pour ma petite filleule Jeanne Tesque un
bracelet saphir et diamant chainette et mille francs – si j’oubliais
une amie m’aimant et m’ayant aimé, je prie Monsieur
Reynaldo Hahn de le lui donner en voyant l’amie il sentira l’importance
du don, ma montre à rubis et diamants sera pour Elisa Sosset
ainsi que celle en or, pour lui rappeler les heures passées auprès
de moi – le reste de ces bijoux sera pour Monsieur Reynaldo Hahn
qui en fera ce qu’il voudra.
Un tableau de Chaplain sera donné à Monsieur Edmond Fournier,
ainsi que ma bague émeraude et diamant – 1 rue Volnay.
A Mademoiselle Mallarmé mon argenterie et vint mille francs en
souvenir de l’affection que son père m’a témoignée,
89 rue de Rome.
A Madame Victor Margueritte une bague rubis diamants.
A Madame Jules Collet, ma chaîne perle et mon binocle.
A Madame René Millou née Léa Magnier cinq mille
francs et un tableau de N. Diaz – sans frais.
Si il revient quelque argent après ces legs ils seront versés
aux pauvres et mon ami Reynaldo Hahn sera consulté j’y
tiens absolument.
Je remercie Elisa Sosset de ses soins et je désire que rien ne
soit lésé au sujet de ses intérêts, si j’oubliais
quelques amis, hommes ou femmes, elle leur donnerait un souvenir j’en
suis persuadée.
Ces pages sont mes dernières volontés je le répète,
je désire qu’elles soient exécutées absolument
; elles sont entièrement écrites de ma main d’esprit
sain – du reste mon cher notaire se chargera d’aider mon
cher exécuteur testamentaire Reynaldo Hahn à qui j’envoie
ma dernière pensée dans mon dernier soupir.
Vve Laurent
Née Anne Rose Suzanne Louviot
Née à Nancy (Meuthe)
Paris 23 novembre 1898 – Vve Laurent
A R. Hahn
« Cher Reynaldo
Je tourne encore cette feuille pour vous remercier de tout ce que vous
allez faire. Vous avez compris le grand sentiment que j’ai pour
vous, sentiment qui continuera dans l’autre vie.
Je vous recommande Elisa particulièrement.
Je ne veux pas d’ennuis pour elle, faites au mieux – la
dernière poignée de main est ici.
Je vous embrasse ».